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StephenHurner.com

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Fiscalité, non-résidents, expatriés, Commission,tax, taxes.

Tout cela pour des lits !

Nice le 12 octobre 2020

Ce lundi 12 octobre, en plein épisode de nouveau stress à la suite de l’avancée du petit virus dans la population j’entends Jean Castex, Premier ministre, dire sur franceinfo, « le ‘’reconfinement’’ général doit être par tous moyens évité … (mais) rien ne doit être exclu quand on voit la situation dans nos hôpitaux … c’est un acte de solidarité envers les soignants …  les hôpitaux ne vont pas pouvoir déprogrammer » {1}. Comprenons qu’un ‘’reconfinement’’ total ou partiel n’est pas exclu. La menace est là, encore une après un discours à nouveau culpabilisateur. Les français sont coupables et « ils », entendez le gouvernement et sa technostructure, ont bien fait. Vraiment ?

Ainsi toute la vie sociale et économique d’un pays dépend d’un nombre de lits disponibles en réanimation. La vie de soixante-sept millions de personnes est fonction de lits ! En l’occurrence pour la France, en période normale, nous avons 5.500 lits en soins intensifs {2}{3}. Notons que l’Allemagne avec ses quatre-vingt-trois millions d’habitants en compte 28.000 et l’Italie avec soixante millions d’habitants 5.100 {4}. Cela fait 0,82 {5] lits de réanimation pour 10.000 habitants en France, 3,37 en Allemagne et 0,83 en Italie.

Zéro, virgule, quatre-vingt-deux lits de réanimation pour dix mille habitants ! Ce chiffre effarant nous frappe comme un coup de poing, c’est impensable et pourtant bien réel. Il traduit non seulement l’incapacité du système français de soins de santé à gérer une crise sanitaire hautement prévisible mais la déliquescence de tout le secteur des soins de santé {6}.

Pourtant, ces dernières années combien d’appels au secours ne furent pas lancés par le secteur des soins de santé, combien d’alertes, combien de manifestations ? Rien n’y fit. Les coups de butoir de la politique gouvernementale en matière de réduction des budgets, des lits et la marchandisation de son mode de fonctionnement l’ont fragilisé à l’excès. Ils continuent et continueront {7} derrière le nuage de fumée des 19 milliards d’investissements et 8,2 milliards annuels du Ségur de la santé de juillet dernier {8}. L’effort est à souligner. Pondérons l’enthousiasme par, primo, le fait qu’il ne s’agit que de chiffres (le temps que notre technostructure les fasse passer à la réalité y aura-t-il encore un système de soins de santé ?) et secundo, par la comparaison avec ce qui est alloué à l’économie. Là il s’agit de dizaines, centaines de milliards donnés et prêtés aux entreprises, notamment par le biais du chômage partiel, pour éviter un effondrement absolu de l’économie et des drames sociaux. Rien que pour Air France ce furent 7 milliards prêtés {9}. Loin de nous toute pensée critique de l’ampleur de ce sauvetage mais se féliciter de l’aide qu’apporte l’Etat au secteur des soins de santé, certes non. Pour preuve l’annonce inattendue faite par le Ministre de la santé le 9 octobre d’une enveloppe (additionnelle) de 50 millions d'euros à destination des hôpitaux destinés à ouvrir 4 000 lits supplémentaires "dès le mois de décembre et avant s'il le faut" {10}. Affolant témoignage de la réponse, sans gestion, au coup par coup de l’Etat oubliant qu’avoir du matériel c’est bien mais sans personnel compétent pour l’utiliser ? Ainsi, c’est toute la case santé qu’il faut repenser en France en supprimant cette foultitude d’intervenants inutiles et nuisibles entre le médecin et son patient. Les soins de santé ne sont pas une marchandise, un bon professionnel de santé ce sont des années de formation et de respect, c’est toute la logique du système qu’il faut mettre à plat.

Le fossé entre le discours des dirigeants et de celui des praticiens de l’hôpital ne fait que s’agrandir. Les citoyens le réalisent presque quotidiennement, personne ne croit plus en l’Etat. Nous n’avons plus confiance, la séparation est actée.

C’est l’incompréhension et la colère qui nous gagnent de plus en plus. Ne fallait-il pas, massivement, redynamiser le secteur des soins de santé, notamment en lançant dés la fin mars un programme immédiat et ambitieux de recrutement de personnel hospitalier, à tout le moins de remotivation du personnel ? Certes oui mais cela ne fut pas fait.

Lorsque le Sieur Castex nous donne des leçons de conduite et la fessée lors de son entretien de ce lundi 12 octobre sur France Info, fronçant ses larges sourcils, d’un air martial qui ferait peur à tout enfant rappelons-nous qu’il est considéré, par son soutien décisif et appuyé de la loi introduisant la tarification à l’acte, comme un des artisans de la destruction du secteur des soins de santé {11}. Tarification à l’acte dont la suppression est annoncée par le Ségur de juillet dernier {8}. Comment avoir confiance ?

Monsieur Macron s’engagea, lors de son discours du 12 mars 2020 {12}, notamment, sur quatre points. Primo, « Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte ». Secundo, « Beaucoup des décisions que nous sommes en train de prendre, beaucoup des changements auxquels nous sommes en train de procéder, nous les garderons parce que nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d'innovation et de mobilisation ». Tertio, « ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort ». Quarto, « la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

A voir ce qui se passe en France depuis début septembre, dans le contexte de ce que certains considèrent comme une deuxième vague, à lire et à écouter le secteur hospitalier, le curseur sur l’occupation de ces 0,82 lits de réanimation par 10.000 habitants la seule conclusion qui s’impose est celle-ci : Monsieur Macron n’a respecté aucun de ses engagements, par ailleurs fort « Trumpien » {13}.

                                                                                                            Stephen G Hürner

{1} « mais » ajouté par l’auteur.

{2} 12.000 en déprogrammant les autres opérations.

{3} Il s’agit de lits utilisables soit tenant compte de l’équipement humain et matériel.

{4} France Inter : Jeudi 12 mars 2020 Delphine Simon « Coronavirus : où sont les meilleurs services de santé en Europe ? » - Données 2019 de l’OCDE  Pour la France chiffre confirmé par le Ministère des Solidarités et de la Santé le 08.04.2020 « Nombre de lits de réanimation, de soins intensifs et de soins continus en France, fin 2013 et 2018 ». https://www.franceinter.fr

Voir aussi : https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/2020/03/22/covid-19-quelques-verites-sur-les-lits/

{5} soit 5.500 divisé par 67.000.000 / 10.000

{6} Lire à ce propos l’excellent article du 20/04/2020 de Mme Chloé Leprince « Hôpitaux saturés, patients sacrifiés : relire l'histoire des politiques de santé pour comprendre » France culture. https://www.franceculture.fr/

{7} « Hôpital : après le Ségur, le gouvernement prévoit un nouveau tour de vis budgétaire » Sébastien Grob Publié le 09/10/2020 à 19 :09 – Marianne - https://www.marianne.net/

{8} « Après la signature des accords du Ségur de la santé qui consacrent 8,2 milliards d’euros à la revalorisation des métiers des établissements de santé et des EHPAD et à l’attractivité de l’hôpital public, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a présenté les conclusions du Ségur de la santé le 21 juillet 2020 » -  voir https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/segur-de-la-sante-les-conclusions/

« Les principales conclusions du Ségur de la santé :

  1. 19 milliards d’euros d’investissement dans le système de santé pour améliorer la prise en charge des patients et le quotidien des soignants.
  2. 8,2 milliards d’euros par an pour revaloriser les métiers des établissements de santé et des EHPAD, et reconnaître l’engagement des soignants au service de la santé des Français.
  3. 15 000 recrutements à l’hôpital public.
  4. Accélérer la sortie du "tout T2A" (tarification à l’acte) et privilégier la qualité des soins.
  5. Financer l’ouverture ou la réouverture de 4000 lits « à la demande ».
  6. Mettre fin au mercenariat de l’intérim médical à l’hôpital public.
  7. Redonner toute sa place au service hospitalier au sein des établissements de santé.
  8. Former plus de soignants dans les filières paramédicales pour mieux prendre en charge les patients.
  9. Faciliter l’accès aux soins non-programmés et à l’exercice coordonné.
  10. Développer fortement la télésanté en s’appuyant sur les acquis de la crise pour mieux soigner les Français.
  11. Donner aux territoires les principaux leviers de l’investissement en santé dans l’intérêt de leurs habitants.
  12. Combattre les inégalités de santé ».

{9} « Avec l'apport de 4 milliards d'euros de prêts bancaires garantis à 90% par l'Etat français et un prêt de ce dernier de 3 milliards d'euros à Air France-KLM, sa maison-mère, Air France a désormais les liquidités suffisantes pour passer la crise du Covid-19, affronter la reprise et financer sa restructuration ». La Tribune « Air France : pourquoi le prêt de l'Etat peut ne pas être remboursé » Par Fabrice Gliszczynski  26/04/2020, 13:19 - https://www.latribune.fr

{10} « VIDÉO - A Trévenans, Olivier Véran annonce une enveloppe de 50 millions d'euros pour les hôpitaux » Vendredi 9 octobre 2020 à 13:04 - Mis à jour le vendredi 9 octobre 2020 à 14:58 - Par Jonathan Landais, Nicolas Wilhelm, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu, France Bleu Besançon - https://www.francebleu.fr/

{11} Lire « Qui est Jean Castex, le nouveau Premier ministre ? » par Lucile Degoud, journaliste - 06/07/2020 – Allô docteurs émission de France 5 - https://www.allodocteurs.fr

« Jean Castex a été l’un des fervents défenseurs de la T2A. La T2A est la fameuse tarification à l’activité qui est entrée en vigueur en 2004. Comme son nom l’indique, elle rémunère les établissements en fonction de l’activité médicale réalisée grâce à un codage informatique. Un tarif est appliqué à chaque acte : il sert de base de remboursement pour que l’Assurance maladie. Pour beaucoup de professionnels de santé, cette T2A a été le début d’une course à la rentabilité : facturer plus d’actes pour que l’hôpital gagne plus. Une logique comptable au détriment de la relation humaine avec le patient. Pour certains, cette T2A a détruit l’hôpital public ».

{12} https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

{13} « quoiqu’il en coûte » ; « nos soignants sont formidables » ; « avec un système de santé encore plus fort ».

 

 

 

 

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